L’éditorial de saison

Le Printemps

Le vent du printemps met en mouvement nos pensées et nos émotions. Il apporte les clés du changement, il vient bousculer notre intérieur et fait pénétrer en nous des idées parfois inattendues qui bousculent notre regard sur la vie et sur nous-mêmes. Notre expérience et notre vécu sont les racines qui nous permettent de traverser les différentes étapes de notre cheminement. Ces racines sont les bases de toute notre évolution : elles nous protègent et nous maintiennent dans un état juste de réceptivité, elles guident nos choix et nos actes. Au fur et à mesure de notre avancée dans le cours de la vie, elles sont nos repères, nos eaux-mères qui gardent en permanence la trace de leur identité.

Pourtant, et c’est là ce qui donne à la vie sa richesse et sa diversité, il y a ces moments où le destin présente à nos yeux des portes nouvelles. Nous étions bien assis dans nos habitudes et nos certitudes, bien cadrés par nos emplois du temps et voilà qu’à l’image du printemps qui apporte le renouveau, il se passe quelque chose qui vient chatouiller notre petit monde et comme un souffle murmurer à notre oreille un chant inconnu qui résonne pourtant de manière juste au dedans de nous. Avec le temps, nous avons appris à discerner ces chants et en théorie, nous savons quelle écoute leur prêter. Mais la réalité, c’est justement le contraire de l’immobilisme et des acquis, et une fois de plus, le vent vient souffler et nous pousse dans une direction nouvelle…

L’enfant vit la présence de ce vent et joue tout naturellement avec lui. Il se laisse porter et cette spontanéité lui permet de grandir les yeux et le cœur ouverts sur le monde. Pour l’adulte qui avance dans les années, cela n’est plus aussi simple et il finit même par ne plus voir les portes nouvelles. Sa vue faiblit, son oreille n’entend plus au propre comme au figuré… Sa mobilité même se réduit et s’il est toujours là, est-il toujours vraiment vivant, c’est à dire prêt à saisir l’instant et à en faire une éternité ?

Le vent qui vient déranger notre petit monde bien structuré va balayer nos idées reçues pour nous conduire vers de nouveaux horizons : il nous sauve d’une mort certaine au quotidien… Il ne nous montre pas le chemin mais il nous propose comme un chemin de l’instant qui sera lui aussi à quitter pour encore un autre chemin…

Pour ne pas subir ces vagues de changement, pourquoi ne pas simplement les laisser nous guider en acceptant de savoir que nous ne savons ni où elles nous conduisent, ni pourquoi elles nous y conduisent ? En n’ayant pas peur de cet inconnu qu’elles nous proposent mais au contraire en se préparant à le vivre sans à-priori. Rappelons-nous que la fête du printemps, Pâques, signifie « passage ». Parce que nous ne sommes finalement que de passage dans ce monde, ce peut être l’occasion de dépasser nos propres vérités et croyances pour en découvrir des milliers d’autres encore plus enrichissantes.

Béatrice Corjon